Monday, December 15, 2014

Budget américain : les États-Unis évitent dans la douleur un nouveau "shutdown"

La Chambre des représentants a voté in extremis, jeudi, le projet de budget 2015. Une victoire pour le président américain Barack Obama ? Loin de là : les républicains ont fait passer une série d’amendements qui ont fait bondir les démocrates.

Les États-Unis ont, une nouvelle fois, évité de justesse une paralysie budgétaire. Barack Obama a obtenu, jeudi 11 décembre à 22 heures, que la Chambre des représentants vote le budget 2015 de 1 000 milliards de dollars. Dans la douleur, puisque le texte n’a été adopté que par 219 voix contre 206.

Dans la douleur, aussi, pour le locataire de la Maison Blanche car l’opposition la plus virulente au texte vient des rangs démocrates. “Comment vais-je pouvoir justifier un texte qui ouvre un boulevard aux banquiers de Wall Street pour s’enrichir ?”, a résumé Luis Gutierrez, un élu démocrate de l’Illinois. Plus d’une centaine d'entre eux sont vent debout contre une série d’amendements que les républicains ont imposée à Barack Obama.

Même Nancy Pelosi, la chef de la minorité démocrate au Congrès, n’a pas caché sa déception. Elle a regretté que la Maison Blanche ait “cédé au chantage” des républicains, et a promis que les démocrates tenteraient de s’opposer au texte en l’état au Sénat, où il doit être adopté avant samedi 13 décembre.

Les pilules républicaines que le président américain a dû avaler pour éviter le “shutdown” sont, en effet, très amères et sont autant de victoires pour différents lobbies proches des milieux conservateurs américains. Revue de détails.

Les banquiers à la fête. C’est la provision la plus controversée du projet de budget. Elle prévoit l’annulation de l’une des mesures phares de la loi Dodd Franck de régulation financière censée mettre un terme aux dérives spéculatives des banques qui ont contribué à la crise de 2008.

La mesure de cette loi qui risque d’être enterrée par le projet de budget interdisait, en substance, aux banques d’utiliser l’argent des contribuables pour créer certains produits financiers très spéculatifs comme les célèbres Credit Defaut Swap (CDS). L’amendement du projet de loi budgétaire redonne aux banques toute latitude pour le faire.

L’avantage d’utiliser l’argent des contribuables, comme les salaires déposés sur les comptes, est qu’il est en grande partie garanti par l’État. En clair, les banques seraient remboursées par les pouvoirs publics si elles perdaient leur mise sur des produits financiers créés grâce à l’argent du contribuable.

Cet amendement qui a provoqué l’ire des démocrates a été, littéralement, rédigé par les lobbyistes de Citigroup. “Les Américains ne nous ont pas élus pour défendre Citigroup”, s’est énervée Elizabeth Warren, une élue démocrate du Massachussetts.

Un budget salé pour les enfants. Autre groupe d’intérêt à avoir obtenu gain de cause : l’industrie agroalimentaire. Une disposition du projet de budget revient sur l’obligation faite aux écoles de servir des menus plus riches en blé complet et moins salés.

La nouvelle disposition rehausse le niveau de sel autorisé, pour le plus grand plaisir des industriels du secteur. En revanche, cette disposition a dû être particulièrement difficile à avaler pour Barack Obama. La lutte pour une alimentation plus saine des jeunes est le principal cheval de bataille de la femme du président, Michelle Obama.

Washington privé de cannabis. La légalisation de l’utilisation du cannabis à titre récréatif dans l’État de Washington est devenue impossible en vertu d’un amendement au projet de budget 2015.

Cette clause, introduite par les républicains, interdit aux autorités de l’État d’utiliser les ressources publiques pour légaliser le cannabis.

En d’autres termes, cet amendement ne remet pas en cause le résultat du référendum du 5 novembre, qui a vu une écrasante majorité (70 %) des votants approuver la légalisation. Mais l’État de Washington ne peut rien en faire. Pour finaliser le texte, il doit l’envoyer au Congrès ce qui nécessite de mobiliser des fonctionnaires et prend du temps, c’est-à-dire des ressources publiques.

Un revirement sur le charbon. Alors que Barack Obama se pose en grand défenseur de la transition énergétique, le président américain a accepté une clause au budget 2015, qui permet aux pouvoirs publics de faire des prêts aux usines américaines à charbon installées à l’étranger.

Le projet de budget prend, en fait, le contre-pied de la position défendue en octobre 2013 par Barack Obama. Il avait alors assuré que les États-Unis ne devaient plus financer les sites de production d’énergie fossile. Les écologistes avaient salué cette nouvelle ligne politique.

Mais les grands groupes industriels avaient trouvé le président un peu trop vert à leur goût. Le compromis budgétaire, voté jeudi soir, prouve qu’ils ont su trouver les bons relais au Congrès pour remettre un peu de charbon dans l’aile de l’économie américaine.


Source: france24